T@ctique du Diable: "Bonjour tristesse"


Voici le courrier envoyé par le Diable à son neveu, apprenti-démon, sur l'acédie.


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« N'oublie jamais, fiston, que nos tentations n'ont qu'un but : sécréter le désespoir.
A ce propos, tu achèves ton stage par le dessert : l'acédie est aussi précieuse que l'orgueil pour perdre une âme. C'est la cerise sur le catho.
J'ai réussi à gommer des livres de morale - je ne parle même pas des homélies ! -
ce terme d'«acédie» depuis environ cinq siècles, et à le remplacer par la molle «paresse» et la psychologisante «mélancolie». Or, faire disparaître un mot empêche de penser à la chose, mais certainement pas de la vivre...

Pour installer le virus chez ton client, profite d'un conflit avec quelqu'un de son entourage (famille, collègue, voisin, ami ... ). Puis souffle-lui : «Il n'y a plus qu'une solution : change de lieu, de travail, voire de conjoint ... »
Un homme a une infinie capacité à croire que le changement extérieur entraînera un changement intérieur. Cultive la bougeotte.
Le «syndrome Ushua@ia» est une dépendance subtile : un nouveau pays à découvrir tous les six mois ! Arrange-toi pour que ton gogo soit de plus en plus en décalage avec son entourage, qu'il juge les autres, se sente différent, tellement «plus ouvert».

Nourris l'amertume, entretiens son mépris : «En France, les gens sont intolérants, mesquins. Alors qu'ailleurs ... » Bien entendu, évite qu'un quidam lui pose la question clé : «Pour quoi ? Qu'est-ce que tu recherches ?» Il ne faut pas qu'il perçoive le prodigieux égoïsme de sa fuite en avant.
Si jamais il rencontre un zélateur du Nazaréen, remémore-lui tous ces chrétiens hypocrites qu'il a rencontrés. Laisse-le idéaliser en rêvant à une Eglise de parfaits. Alors, au bon moment - il faut parfois savoir attendre jusqu'au milieu de la vie, et même jusqu'à la fin -, montre-lui le vide de son existence.
Il sera peut-être à toi.

Mais je voudrais insister, dans ce dernier «courri-haine» rédigé à la diable, sur ceux qui se sont voués totalement à l'Autre. Au commencement, tu ne peux compter sur le découragement : ils sont tout feu tout flamme, ils ont une pêche d'enfer. Aussi, aide-toi de leur bonne volonté.
Fatigue-les, crève-les à la tâche. Comment prendre un jour de repos hebdomadaire lorsqu'il y a tant de malades à visiter, de personnes à accompagner ?

Notre poison, c'est l'activisme.
Comme leur action est pour l'Autre, ils croient qu'elle est de l'Autre, inspirée, voulue par Lui !
L’idéal est que la "réunionnite" ronge progressivement le temps du bréviaire, puis celui de la messe quotidienne. Ton client accumule la fatigue? Pousse-le à rechercher des compensations faciles.
Ne néglige pas ces moments creux où il se retrouve le soir, tard, seul, à manger, trop, à zapper, trop, entre des programmes ineptes - pas assez -, dont certains me doivent beaucoup.
Dans bien des presbytères, le poste de télé a enfin remplacé le tabernacle. S'il persévère à faire une retraite annuelle, qu'il reste le moins possible en silence : multiplie promenades, rencontres, enseignements...
Tâche de réduire au minimum son temps d'oraison. Transforme-le en préparation d'homélie, de réunion, de cérémonies. Même en lectures pieuses ! S'il perd le sens de la gratuité, il perdra le goût de l'amour - et donc de l'Autre. Enfin, à l'issue de sa vie, fais croire à ton client que tout ce à quoi il s'est consacré n'a servi à rien. Des clous !

Il n'a récolté que des épines et des verges pour se faire battre (ça me rappelle un mauvais souvenir ... ). Découragé, privé de ressource, ton acédique ira pointer aux Assedic de l'amertume et de la rancœur. Mais ne fais pas le malin ! Ça n'est jamais gagné avec l'Autre (c'est même perdu pour toujours, mais je ne vais pas te le dire, tu me ferais une acédie ... ). Pour le cueillir enfin, évite qu'il se place face à cette abominable invention - je veux parler de la Croix. Qu'il ne s'avise pas non plus qu'« autre est le semeur, autre le moissonneur », et qu'un échec apparent est souvent semence de vie.
Mais j'arrête: voilà que je mets à parler comme eux!

Et c'est un comble, mon neveu, j'allais même à mon grand dam te dire «adieu»... E-mailzebull